AU BORD DE LA RIVIERE.
Dans une courbe de la rivière les eaux ont creusé un petit bassin.
Le soleil baigne à flots ce petit coin merveilleux, où les iris d’eau, les crocus, les boutons d’or mêlent au printemps leurs éclatantes couleurs. Ce jour là,le ciel était du bleu azur le plus
pur. Pas un nuage.
Après un orage,un gros arbre a été abattu par la foudre. En travers de la rivière une branche basse sert de banc au bord d’un petit bassin.
Deux petites filles sont assises et jouent. Marion la plus jeune porte une belle robe rose. Alice est habillée de bleu. Toutes les deux rêvent. Je voudrais être un oiseau aux couleurs de lumière
dit Marion. Qu’elle idée dit Alice, tu te vois t’envolant dans les cieux? Comment ferais tu pour redescendre sur ce banc?
Moi vois-tu dit Alice je rêve d’un beau prince qui me prendrait dans une voiture d’or et nous irions vers des pays où il ferait toujours beau.
A ce moment là, surgit de nulle part une petite vielle toute rabougrie. Son dos est si voûté que sa tête touche sa poitrine. J’ai beaucoup voyagé dit-elle, j’ai marché toute la nuit, je suis si
fatiguée!!! Je voudrais m’asseoir pour me reposer.
Il n’y a pas de place sur ce banc dit Alice - Vas plus loin, tu sens si mauvais!!!
A ces mots, Alice glisse du banc et tombe dans le bassin.
J’ai soif dit la petite vieille. Aussitôt Marion descend du banc et dans ses petites mains en forme de coupe elle présente de l’eau très fraîche à boire. Oh! C’est beau et tu es une gentille
fille.
Ce jour là au bord de l’eau régnait une grande effervescence.
Que se passe t’il demande Alice?
Tu sais bien dit Marion, c’est la fête de la couleur.
Ah! Oui dit Marion!!!
Les oiseaux dans les arbres lissent leur plumage. Le verdier a mis sa belle livrée verte.Le chardonneret sur sa façe, a ajusté son masque de carnaval de Venise.Les mésanges intensifient le bleu
de leur petite tête et le jaune du poitrail.
Tout ce monde se fait beau pour la grande fête du printemps
Dans le sous-bois, ce sont les fleurs qui dressent des corolles éclatantes de fraîcheur.
Et….la rose!!
Je suis la reine dit la rose, la plus belle des fleurs.
Tu es prétentieuse dit la petite vieille. Contentes-toi d’être belle ce jour, car tout est éphémère…Ce soir tute fâneras.
Marion descend avec précaution au bord de l’eau sur des cailloux glissants, vert émeraude. Là, que voit-elle ?
Un petit clown minuscule. Il porte un gilet vert pomme rayé de rouge, un pantalon violet, des chaussures bleues et un gros bonnet blanc avec des carreaux mauves. Son long nez est tout rouge. Il
pleure.
Que t’arrive t’il demandent Marion et Alice?
Oh! J’ai perdu une clef.
Tu pleures pour une clef, qu’a-t-elle de particulier demande Marion.
C’est la clef qui ouvre ma boîte à idées, là, où je trouve les scènes de mes représentations: les rires, les chants et les pleurs - tout quoi! Tout ce que je dois exécuter dans ma soirée.
Sèche tes yeux, dit la petite vieille. Tes larmes vont se transformer en perles. Dans chacune des perles tu trouveras l’inspiration des thèmes que tu voudras choisir.
A ces mots, une cascade de perles tombent devant les yeux émerveillés du clown, d’Alice et de Marion.
Aussitôt des éclats de rires retentissent, des bravos fusent!
Tout à coup, une minuscule estrade enjambe la rivière. En un joyeux ballet, des musiciens, des acrobates, des conteurs, tous habillés de rouge et or entament la sarabande de la
représentation.
De toute part fusent des bravos. Tous les oiseaux chantent. Les animaux crient des « hourras, hourras » enthousiastes.
Marion et Alice se mêlent au concert.
Le clown heureux égrène ses perles. De chacune d’elle jaillit une Princesse à la voix mélodieuse.
Tout à coup, un silence épais où tout souffle est suspendu immobilise la scène et les spectateurs médusés….
Une voix très douce fend le silence et dit:
« Au BORD de la RIVIERE commence et finit l’HISTOIRE.
IRENE